Pékin réplique aux tarifs américains avec de nouvelles restrictions sur cinq métaux stratégiques

Pékin a annoncé mardi une nouvelle série de contrôles à l’exportation visant cinq métaux essentiels pour la défense, l’énergie propre et la fabrication de haute technologie. Cette décision fait suite à la récente imposition par le président Trump d’un tarif uniforme de 10 % sur les produits chinois, une mesure qui a déjà tendu les relations entre ces deux puissances économiques.

Les nouvelles restrictions concernent l’exportation de tungstène, de tellurure, de bismuth, d’indium et de molybdène. Désormais, les licences d’exportation ne sont accordées qu’aux entreprises qui se conforment à certaines « réglementations pertinentes » encore non précisées. Bien que Pékin n’ait pas divulgué les détails de ces critères, des analystes estiment que ces mesures visent à exploiter la position dominante de la Chine dans la production de minéraux stratégiques. Selon Reuters, des restrictions similaires, annoncées plus tôt cette semaine, alimentent les spéculations sur le fait que la Chine ajuste finement son arsenal d’instruments commerciaux sans recourir à des interdictions complètes – une approche contrastant avec les prohibitions plus larges instaurées en décembre sur des matériaux tels que le gallium, le germanium et l’antimoine.

L’impact sur les États-Unis semble être inégal. Des données de l’US Geological Survey indiquent que les industries américaines, en particulier celles impliquées dans la production d’acier nécessitant du molybdène, devraient rester relativement protégées contre des perturbations immédiates d’approvisionnement, grâce à une production domestique suffisante. Par ailleurs, les tarifs de 25 % déjà en vigueur sur l’indium et le tungstène ont incité les importateurs à se tourner vers la Corée du Sud, le Japon et le Canada, la dépendance américaine à l’indium chinois ayant chuté à moins de 10 % au cours des quatre dernières années. Cependant, des vulnérabilités subsistent : après avoir interrompu l’exploitation minière du tungstène sur le sol américain en 2015 et cessé le raffinage du bismuth en 1997, les fabricants américains continuent de dépendre de la Chine pour ces matériaux, exposant ainsi des secteurs critiques à d’éventuels chocs d’approvisionnement en cas d’intensification des contrôles.

Parallèlement, dans une nouvelle illustration de la dynamique de représailles, le ministère chinois des Finances a annoncé qu’à partir du 10 février, une taxe de 15 % sera appliquée sur les importations de charbon et de gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis, tandis que les tarifs sur le pétrole brut américain, les équipements agricoles et certains véhicules seront relevés de 10 %. Cette contre-mesure intervient alors que le président Trump, désormais dans son second mandat, a ordonné à son administration de vérifier la conformité de Pékin à un accord commercial de 2020 – un pacte destiné à rééquilibrer d’importants déséquilibres commerciaux, mais qui a vacillé dans le tumulte engendré par la pandémie de COVID-19. Selon des données douanières publiées en décembre dernier, le déficit commercial de la Chine avec les États-Unis a atteint 361 milliards de dollars à la suite de l’échec de cet accord.

Cet échange tarifaire rappelle la vive confrontation commerciale entamée en 2018, lorsque l’administration Trump avait mis en place une série de tarifs punitifs visant à réduire l’excédent commercial de la Chine vis-à-vis des États-Unis. Ces mesures, qui avaient perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales et provoqué une forte volatilité des marchés, avaient pour objectif de contraindre Pékin à modifier des pratiques jugées déloyales par les décideurs américains. En 2020, dans le but de calmer la discorde, la Chine s’était engagée à acheter pour 200 milliards de dollars supplémentaires de produits américains chaque année – un engagement finalement compromis par la pandémie.

Si ces nouvelles restrictions à l’exportation et ces contre-tarifs traduisent une position prudente mais affirmée de Pékin, les experts mettent en garde : les conséquences à long terme restent incertaines. Alors que les deux parties réexaminent leurs relations commerciales, les prochains mois pourraient voir de nouveaux ajustements, chaque gouvernement cherchant à protéger ses intérêts stratégiques sans provoquer un découplage économique généralisé ni des perturbations majeures sur les marchés mondiaux.

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